Ma gestion de l’apragmatisme/ aboulie

Dans cet article , je vous ai présenté ces symptômes de manière assez simple dans le but que vous compreniez un peu cet univers très obtus qu’est la sémiologie psychiatrique. Or, j’y ai explicité une technique que j’ai pour prendre ma douche et on m’a soufflé l’idée que ça serait intéressant de faire un article sur ma gestion personnelle au quotidien de ce trouble mais aussi de faire un article de ce que je peux être amener à proposer comme accompagnement à mes patients et qui serait utile pour les aidants.
Avant de commencer, pour rappel, l’apragmatisme est un symptôme qui se traduit par l’incapacité d’entreprendre des actions, l’idée même de faire par exemple à manger ne vient pas naturellement. Pour l’aboulie, il s’agit plutôt d’une incapacité à faire l’action, dans l’exemple d’avant, je me dis que je dois faire à manger mais l’étape de sortir les aliments et les cuisiner ne vient pas. 
Ici je vais vous présenter ce que je mets en place pour moi dans ces situations.
Petit aparté, c’est ce qui marche « en général » mais parfois ça ne marche pas tout de suite ou si je vais très mal j’aurai beau faire quoique ce soit, je n’y arriverai pas. Dans le dernier cas, une aide extérieure est nécessaire.

Pour arriver à mettre en place une stratégie des gestions, une des premières choses c’est de reconnaître le problème en face de soi. Pour l’aboulie, le problème vient d’entreprendre une action mais le problème est reconnu. Dans le cas de l’apragmatisme, cependant, c’est un peu plus dur et ça peut mettre un temps mais il y a toujours un moment où je m’en rends compte même si ça peut être subtile.

J’ai une application sur mon téléphone bearable (je vous montre un exemple ci-contre) qui m’aide à tracer ma journée et peut m’aider à voir les oublis, la fluctuation de mes humeurs (etc) et surtout leurs persistances, cette application permet de mettre un peu d’objectivité (mais il faut être honnête ce qui peut être dur) et une journée qui se passe moins bien que prévu n’est PAS un signe de rechute ou d’échec, encore une fois, c’est la persistance des symptômes qui indiquent que quelque chose cloche.
L’entourage aussi est un très bon outil pour voir le problème, lorsque des « reproches » ou « remarques » ou « questions » reviennent souvent, il peut y avoir un fond de vérité et me poser et y réfléchir à distance peut aider à entrevoir un début de problème. Souvent, je passe par l’écrit pour me distancer de mon ressenti et me poser la question du « pourquoi il/elle me dit ça ? »et j’essaie de prendre en compte que mon entourage veut m’aider mais que souvent la manière de faire peut-être brouillon ou involontairement blessante.
Une fois le problème vu ou montré, vient le temps de la gestion.

Qui dit gérer, dit quels sont les problèmes que je rencontre au quotidien ?

Le domaine le plus atteint est mon hygiène de vie. Prendre une douche, se laver les dents, faire le ménage, cuisiner ou l’exercice physique sont souvent mes premier « paramètres »impacté et assez facilement par l’apragmatisme. Pour les soins d’hygiène j’arrive en utilisant des outils précis, pour ma douche je mets une alarme à une heure précise et je me fais un masque du visage parce qu’à force de chercher une solution, je me suis rendu compte que j’aimais beaucoup les masques et quoi de mieux qu’une douche pour tout enlever sans trop d’efforts ? Le reste revient naturellement.
Pour me laver les dents, c’est le matin après le petit-déjeuner et le soir après mon appel journalier à mes parents, des moments clés qui se répètes tous les jours. Je ne cherche pas d’autres moments et j’en ai fait au maximum un automatisme.
Faire le ménage est un item un peu plus compliqué, je souffre plus d’aboulie que d’apragmatisme sur ce point. Le passage à l’action peut être laborieux et je vais passer par un tiers pour me rendre compte du problème. Ce tiers ? Mon chat ! Il est plus facile pour moi de ranger mon appartement en me demandant « Est-ce un bon environnement pour ma petite boule de poils » ? que de me dire « Est-ce bon pour moi » ? Mon sens des responsabilités va s’éveiller et je vais ranger petit à petit. Pas d’un coup, c’est impossible, j’ai toujours besoin de faire à autre chose au bout d’un moment, du coup comme pour le fractionné à la course à pied, je fais pareil mais pour le ménage et je vais me fixer une pièce par jour ou une grosse action (passer l’aspirateur, faire la poussière…). Ça peut donner, vaisselle, un épisode d’une série, descendre mes poubelles, continuer à lire mon livre … Ce n’est pas parfait, mais ça fonctionne sur le long terme.
Le domaine qui est toujours assez difficile à maintenir, surtout face à la pandémie, c’est cuisiner et faire de l’exercice physique. Pour cuisiner, je commence à « identifier » mes déclencheurs, l’absence de choix dans ce que je peux faire ou même juste l’absence d’aliments plaisirs comme par exemple des gâteaux, entraîne une envie de me tourner vers la livraison de plats à domicile. Actuellement, je fais attention à ce que j’ai dans mon frigo et mon garde-manger et je fais une liste, tout en gardant un côté « découvrir de nouveaux produits » qui me caractérise assez bien dans l’ensemble de ma vie. Pour l’instant, c’est imparfait mais il y a eu des améliorations avec la confection de plats, de gâteaux maison etc que je cherche à faire un peu plus sainement.
En revanche, l’exercice physique, mon aboulie est intense sur ce sujet… je suis obligée de passer par un tiers pour l’instant, me balader, aller à la salle de sport, le plus simple pour moi est de demander à quelqu’un de m’accompagner et j’en suis à la phase d’acceptation de cette nécessité en me disant qu’au final, ça fait du bien pour tout le monde, ça maintien du lien, je soutiens et suis soutenue. Mais, avec le COVID 19, c’est forcément plus difficile donc je suis toujours à la recherche d’un stimulus qui m’aiderait à le faire seule.

Un autre domaine qui est souvent impacté est ma capacité à réaliser mes projets. Prenons, la réalisation des projets créatifs que j’ai en tête (faire de la poterie, dessiner etc), mon approche est que lorsque je vois que j’ai dû mal à réaliser et que je suis vraiment bloquée, dans un premier temps, je parle de mon projet à certaines personnes clés qui vont me soutenir et me motiver pour avancer. Parfois ça suffit pour que je finisse un projet précis, mais si je vois que ça marche ne pas trop, je passe par une tierce partie qui va me stimuler en présentiel et en général, pour quelques temps, ce petit coup de pouce va débloquer mes mécanismes.
Pour mes projets professionnels, souvent se rajoute mon manque de confiance en moi, donc je suis du genre à identifier mes personnes ressources qui vont m’aider et me redonner confiance en moi et me dire si mon projet est solide, cohérent etc… Par conséquent, dans ce domaine, ma technique est de trouver des personnes avec qui je me sens en confiance, dont je peux parler de tout et ce sentiment de sécurité me permet de demander directement sans détour « je n’y arrive pas, je suis bloquée, tu peux m’aider ? ». Ça fonctionne toujours mais le souci c’est acquérir la capacité de dire « j’ai besoin de toi », « je n’y arrive pas seule » ou juste simplement s’exposer dans ces moments de faiblesses ou de difficultés, et cela demande un relâchement des mécanismes de défense qui me permettent de tenir face au monde.

Le dernier item qui je pense peut intéresser, est la vie sociale.
A une époque, j’avais beaucoup de mal à sortir et à honorer mes RDVs avec mes amis ce qui entrainait en quelque sorte une forme de « disparition » de leurs radars, parce que mon incapacité à y aller et sortir une excuse que je pensais valable et entendable par mes amis ne faisait qu’aggraver mon sentiment de culpabilité, de nullité et donc je sortais encore moins.
La première chose à stipuler c’est que je n’ai pas d’apragmatisme sur ce point, symptôme qui pourrait ressembler à quelque chose comme ne pas penser à prendre des nouvelles ou téléphoner ou se dire que ça serait bien d’aller faire du shopping avec sa meilleure amie. Mon côté aboulique a contrario, va se manifester par un blocage à sortir parce que d’autres symptômes vont prendre le dessus. Il devient physiquement impossible de sortir et donc je vais annuler à la dernière minute le RDV. Cette impossibilité j’ai appris à l’identifier lorsque je suis fatiguée ou anxieuse de « l’extérieur », c’est-à-dire, quand je sens que gérer beaucoup de stimulus et surtout gérer mon hypervigilance envers les attitudes des personnes autour de moi, je vais rester enfermer et annuler mon RDV.
Le problème qui émerge est l’isolement qui est un des facteurs aggravant des maladies mentales mais celui auquel on pense beaucoup moins est le ressenti de l’entourage (famille/amis/collègues) et les conflits qui peuvent apparaître. Avoir une personne qui annule souvent à la dernière minute en sortant une excuse plus ou moins bidon, qui va diminuer ces interactions sans explications tangibles et à intervalle réguliers va juste entraîner un épuisement, de l’incompréhension et de la colère. Face à ces répétitions, la famille va s’adapter de plusieurs manières possibles, ils peuvent baisser les bras et considérer cette personne comme une sorte d’ombre à l’arrière-plan ou ils vont essayer de compenser les fragilités du petit dernier et faire tout pour lui vu qu’il en est incapable. Les amis peuvent développer de la colère d’être berné et couper tout contact ou ne considérer la relation amicale qu’à des échanges primaires. La spirale infernale va alors débuter et le sentiment d’abandon ou d’être un incapable va augmenter et … le serpent se mords la queue.
J’ai déjà vécu plusieurs fois ces moments où je sens qu’un ami m’en veut ou commence à s’éloigner parce qu’il ne peut pas réellement compter sur moi et que j’étais incapable de donner la raison de mes empêchements mais, pour être clair, je ne leur en veux pas et s’il vous plaît ne juger pas ces personnes, ils cherchent également à se protéger de ce que leur renvoie ces situations. Ils peuvent aussi ressentir du rejet, de l’abandon ou d’être utilisé et quoi de plus naturel que de se protéger de personnes qui peuvent sembler être toxique ?
Ce genre de situation est devenue une de mes plus grande hantise par rapport à mon entourage, ma volonté de ne pas trop communiquer sur mes difficultés et de gérer sa seule peut entraîner à ce que mes amis, par exemple, en est assez de mes absences et ne vont pas partager avec moi leur instant de vie ou même juste éviter de m’inviter à sortir de peur que je les plante, encore une fois.
Par conséquent, la première chose que  j’essaie de faire est de communiquer sur mes difficultés, au mieux sur le moment ou même après pour donner une explication et éviter que la personne pense qu’elle est le problème ou que je me fiche de notre relation. Il est important d’apporter une réponse aux inquiétudes ou ressenti des personnes qui nous entoure parce-que, on aurait le même comportement qu’eux.
Une autre méthode que j’ai mis en place, petit à petit, c’est d’éviter d’être sur stimulé et donc de réfléchir et poser une date pour que je vois les personnes de mon entourage. Ça peut paraître un peu rigide, mais c’est juste pour éviter d’avoir 20 rdvs amicaux et finir sur les rotules ou juste de gérer mon activité professionnelle et ma vie personnelle. Mais ça ne m’empêchera pas en cas de besoin, de spontanément dire aller go j’y vais !
Par chance, avec internet, je peux toujours maintenir un lien virtuel via Discord, Whatsapp et je veille à toujours à rester connecter, demander des nouvelles, envoyer articles ou images drôles. Il peut m’arriver de diminuer mes interactions quand j’ai besoin de me recentrer sur moi-même mais j’essaie de ne surtout pas rompre le lien et de prévenir ou répondre aux questions de mon entourage sur la diminution de ma présence. Même si c’est différent que de se voir en vrai, ce lien est « facile » à entretenir et à utiliser dans des moments difficiles et c’est moins intimidant que de dire « je ne vais pas bien » en situation réelle.


Je pense que le paragraphe ci-dessus, me permet aussi de parler du fait que l’apragmatisme ou l’aboulie ne viennent pas comme ça, d’un coup, sans raison mais qu’il existe un lien entre l’état mental et physique et l’apparition ou la recrudescence de ces symptômes. Pour moi, mon aboulie augmente quand mon anxiété augmente donc souvent il faut aussi travailler sur le pourquoi ce symptôme augmente. Je présente dans cet article, ce que je mets en place au quotidien pour diminuer l’impact de ces symptômes précis, parfois c’est fluide et ça vient tout seul donc je diminue l’utilisation de ces schémas mais quand je vois que ces paramètres deviennent difficiles, je ressors ma boite à outils. Mais, j’ai aussi pu constater que souvent, si un symptôme augmente c’est que quelque chose d’autre a augmenté et je dois aussi jouer dessus.


Je parlerai dans d’autres articles de mes stratégies d’adaptation, mais j’espère que ce que j’ai partagé ici vous a intéressé voir peut-être donner des pistes pour construire vos propres stratégies.
Prenez soin de vous,
Nelly

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